Carnet de notes pour une Orestie africaine
«En 1959, Vittorio Gassman demande à Pasolini une traduction de l’Orestie d’Eschyle, pour une mise en scène avec Luciano Lucignani et le Teatro Popolare Italiano au Théâtre Grec de Syracuse. Œuvre d’un poète, la traduction est de ces “belles infidèles” qui s’imprègnent avec bonheur de l’univers esthétique et théorique de leur traducteur. Quelques années plus tard, Pasolini approfondit cette “réappropriation” du texte d’Eschyle : entre 1968 et 1970 il tourne en Afrique et à Rome un film hors norme, un Carnet de notes pour une Orestie africaine, présenté comme une suite de notes filmées sur un film à faire. Œuvre hybride, polyphonique, qui tient du collage et fait de l’inachevé la structure même du film, le Carnet de notes est un splendide objet non identifié, une expérimentation formelle qui paya cher sa modernité et entra an panthéon des films maudits, refusés par la distribution cinématographique et par la télévision.
Au début du film, le générique défile sur un atlas ouvert : à droite apparaît la carte de l’Afrique ; sur la page de gauche est posé un autre livre, l’Orestie d’Eschyle. Au-dessus, donc, défile le générique, qui vient superposer à l’image le nom de Pier Paolo Pasolini. Ce premier plan est à lui seul un manifeste esthétique (le collage, l’hybridation) et idéologique (la “transposition” africaine du mythe d’Oreste), signé avec panache par son auteur : non pas Eschyle, mais ce Pier Paolo Pasolini dont le nom vient se poser sur le titre du livre Orestiade. Œdipe roi nous avait prévenu : il y a fort à parier qu’ici encore, le classicisme ne sera pas le maître mot de la poétique pasolinienne.
De la Grèce antique à l’Afrique contemporaine
Parmi les premières « œuvres » du poète Pasolini…, etc., par Anne-Violaine Houcke





